dimanche 13 septembre 2020

PORTSALL GT

 

 


Eau glacée

Frissons de sable

Crissement de draps

Portsall Grand Tourisme

 


DEAL

 

 

Photo : Élisa Barek

Au jour

je laisse les bleus, le gris, la pierre qui vit

J'entrouvre

les yeux la nuit

s'assemble enfin

elle dégouffre

elle dévale

elle entame

elle affame

elle distille son encre

et délivre ses doses

ce soir j'ai fait le deal.

 

MOUCHES

 






Elle vrombissent au fond de moi

en myriades d'ailes

Elles errent dans ma tête

Elles cherchent la sortie

Elles sont folles, elles volent

En escadrilles aveugles

Et le vent qu'elles remuent

M'en a glacé l'esprit


Tes mouches noires


Je les ai bien reçues

Je suis une terre d'asile

C'est depuis toujours

Inscrit dans ma constitution

Et c'est ma république

Venez venez les mouches

Laissez ma bien aimée

J'ai le corps assez large

Et j'ai de quoi manger



FERMETURE

 

 

Sur les quais éclairés

Par les dernières lumières

Les ados sédimentent

Vertes de pepper-menthe

 

Photo : Gilles de Nemo

C'est une soirée qui brûle

Les langues trébuchent

Les âmes tanguent

Et les mouettes haranguent

Les ultimes pêcheurs

De godailles noctambules


Les regards s'auréolent

D'irisations brillantes

Les corps sont volubiles

Les pensées s'éparpillent

Ricochent sur le pavé

Se rattrapent au filet


C'est l'heure de remonter les bretelles au sommeil.

Lâche-nous ! Nous avons encore de la joie à tarir.


mercredi 12 avril 2017

...CAR J'ÉCRIS DES CHANSONS.

« Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées
Fleurs d'herboriste
ramassées quand il faisait beau temps au paradis perdu. »

Ces mots de Tristan Corbière, mon frangin de spleen, me sautent aux yeux alors que je feuillette, pour me déconcentrer de l'abattement moral que provoque chez moi toute échéance facturée, un bouquin d'érudit sur la vie du Crapaud. Je ne lis pas la poésie, je feuillette, elle m'est utile comme un verre d'eau.
Ces Fleurs d'herboriste, je les entasse depuis des années dans différents cahiers, quand ce n'est pas sur le dos d'une enveloppe, d'un carton de bière ou d'un paquet de clopes. Plutôt que mes pensées, trop broussailleuses pour entrer dans un herbier, je glane de-ci de-là, une expression qui swingue, une image, une vision soudaine, je ramasse, oui. C'est devenu un réflexe, un mouvement naturel, car j'écris des chansons.
Pas comme je respire, non, je ne suis plus la poule pondeuse que je fus. Il a fallu admettre le temps de l'oubli, de la digestion lente. Attendre qu'un jour une suite d'accords réhydrate la Fleur séchée. Pourquoi ce jour ? Parce qu'un rayon de soleil, parce qu'une voix, parce qu'un bon vin, parce qu'une sciatique, que sais-je ? Parce que c'est le jour où, mystérieusement, tout se conjugue.
« Mon amour à moi n'aime pas qu'on l'aime ». Cher Tristan, pardon, mais j'en ai fait un titre. J'avais noté ta saillie sur un relevé de banque et puis un jour, longtemps après, la chanson naquit. L'entre-temps avait fait de moi un piètre amoureux et un mauvais amant. Ce soir-là, je regardais une série américaine en grattant ma guitare. Et elle est venue, comme ça. Elle était finie avant le JT de la nuit. 

jeudi 12 janvier 2017

LES GRIS DE L'HIVER

LES GRIS DE L’HIVER

Sous les ficelles
Des pluies de décembre
On s’emmêle à repriser le jour
Pas de nouvelles
Des oiseaux de septembre
Ceux qui restent ont le plumage lourd
 
Sous les ficelles
Des papiers d’emballage
On se souhaite une année de courage
Quand s’amoncellent
De douloureux nuages
On se prend à douter des rois mages  
 

Photo : P. Madec - Le Curnic

Passer à travers les gris de l’hiver
Sans rayer les couleurs qu’il nous reste
A travers les gris de l’hiver
Laisser la lumière d’un ciel économe
S’arranger de la pâleur des hommes
La lumière d’un ciel économe
Brûler ce qu’on a fini de rêver
Tout ce qu’on a de sec et cassé
Ce qu’on a fini de rêver
Rentrer nos douleurs en cas de gelée
Qu’elles ne se brisent pas dans nos plaies
Nos douleurs en cas de gelée  

Sous les ficelles
Du rideau de la chambre
Un chat dort les moustaches en attente
Ma main réveille
Tes reins qui se cambrent
Que la chaleur de ton corps me tente…


© PAUL MADEC

lundi 19 décembre 2016

SAMARCANDE

SAMARCANDE


Le soir saisit sa part d'ombre sur le monde
Le sable s'allume, la roche se consume
Sous sa gangue brûlante, s'endort Samarcande
Mes yeux ne sont plus que brume
Je n'entends plus les dunes qui fondent, lentes, lentes...
Nègre d'Abyssinie, marchand de Byzance
Repose ton âme, apaise ton errance
Nos fruits sont tendres et mûrs, nos sources t'attendent
Viens t'asseoir auprès de moi
Ravive ma mémoire, si lente, lente

Des berges de l'Indus aux flancs de Grenade
L'orange et l'humus ont parfumé nos rues
La brise pèlerine souffle à Samarcande
Mes yeux ne sont plus que brume
Je n'entends plus les dunes qui fondent, lentes, lentes...
Béni le voyageur qui a su entendre
les paroles d'or, la poudre des légendes
les mots qui se libèrent des pierres qui se fendent
Viens t'étendre auprès de moi
ravive ma mémoire, si lente, lente

Tableau de Franz Roubaud
Le soir saisit sa part d'ombre sur le monde
le sable s'allume, la roche se consume
Sous sa gangue brûlante, s'endort Samarcande
Mes yeux ne sont plus que brume
Je n'entends plus les dunes qui fondent, lentes, lentes...
Les hommes fatigués n'ont pas su défendre...
Des jardins des princes il ne reste que cendres
Ils ont tout oublié pour une apparence
Reste encore auprès de moi
Ravive ma mémoire, si lente, lente

Le vent... Samarcande

L'ambre... Samarcande

Les dunes... Samarcande


Paul Madec©