dimanche 13 septembre 2020

GUÉGUETTE

Ne peut que supposer

Ton joli grain de peau

Les pixels sont menteurs

Je suis tactile, hélas

Et je préférerais

Découvrir en 3d

Son goût et sa chaleur


Tout comme moi tu as

Des plaisirs simples et sains

La viande et le vélo

Les livres et la dorade

Nous avouons tous deux

des goûts irresponsables

Moi fondue bourguignonne

Et toi, le madison

 

Mais pourquoi, pourquoi donc ce Pseudo ?

Guéguette.


 

NE FERAI PLUS



Toucher la pulpe de tes lèvres

par les miennes ne ferai plus


Croiser l'iris de et la pupille

et tout ce qu'elles révèlent

ne ferai plus


Happer le sein tremblant

ne ferai plus


Effacer les cheveux

pour découvrir la nuque

ne ferai plus


Étreindre tout un continent

ne ferai plus


 

MON ENFANT

Mon enfant a besoin

de me foutre la paix

comme de laisser son père mourir un jour et ne plus l'attendre

au carrefour de l'été, de calmer sa fierté de le voir débarquer

d'une 403 bâchée au parfum de résines, de mastic et de vin trois étoiles


Mon enfant a besoin de me faire oublier l'impétuosité du flot bleuté

d'un confluent qu'il effleurait du bout des doigts avant de remonter

s'endormir bercé des ronflements d'un parrain malheureux que dans l'urgence le clan n'avait pu affranchir.

Mon enfant a besoin d'expliquer son silence par des mots qui ne lui disent rien,

mais qui sont là, présents, des graines longues à germer

 

PORTSALL GT

 

 


Eau glacée

Frissons de sable

Crissement de draps

Portsall Grand Tourisme

 


DEAL

 

 

Photo : Élisa Barek

Au jour

je laisse les bleus, le gris, la pierre qui vit

J'entrouvre

les yeux la nuit

s'assemble enfin

elle dégouffre

elle dévale

elle entame

elle affame

elle distille son encre

et délivre ses doses

ce soir j'ai fait le deal.

 

MOUCHES

 






Elle vrombissent au fond de moi

en myriades d'ailes

Elles errent dans ma tête

Elles cherchent la sortie

Elles sont folles, elles volent

En escadrilles aveugles

Et le vent qu'elles remuent

M'en a glacé l'esprit


Tes mouches noires


Je les ai bien reçues

Je suis une terre d'asile

C'est depuis toujours

Inscrit dans ma constitution

Et c'est ma république

Venez venez les mouches

Laissez ma bien aimée

J'ai le corps assez large

Et j'ai de quoi manger



FERMETURE

 

 

Sur les quais éclairés

Par les dernières lumières

Les ados sédimentent

Vertes de pepper-menthe

 

Photo : Gilles de Nemo

C'est une soirée qui brûle

Les langues trébuchent

Les âmes tanguent

Et les mouettes haranguent

Les ultimes pêcheurs

De godailles noctambules


Les regards s'auréolent

D'irisations brillantes

Les corps sont volubiles

Les pensées s'éparpillent

Ricochent sur le pavé

Se rattrapent au filet


C'est l'heure de remonter les bretelles au sommeil.

Lâche-nous ! Nous avons encore de la joie à tarir.